samedi 10 mai 2014

Ouverture

Le réveil. Comme une douche chaude, la musique aérienne semble vous couler doucement sur le crâne. Une sensation presque plus visuelle qu’auditive. Noko Baumann ouvre les yeux. Il a effectué les cycles de sommeil nécessaire au repos et à l’assimilation des nanites qu’il a absorbé la veille. Il lui reste une heure pour se préparer et faire le compte rendu du bon fonctionnement du dispositif d’apprentissage pour la section Histoire. Noko sait quelles sont les pistes à explorer pour l’optimiser et l’envoyer aux services de validation. Le rapport terminé et enregistré, il le synchronise avec la base de données de son laboratoire chez GalT.

L’ingénieur sort de sa suite ••• « Verrouillé ».

Approche de son véhicule personnel ••• « Déverrouillé ».

S’assied ••• « Destination : GalT Lab Center ».

Ceux qui prennent le réseau de transport extérieur le savent. Les jours où le ciel est couvert, il faut ouvrir l’œil. les débris de l’arc extérieur chutent lorsqu’ils se croisent dans l’orbite des Twin. Ça arrive tout les vingt jours sur le parcourt de Noko et malgré les protections misent en place, les accidents sont légions.
Les autres jours, le ciel est dégagé et l’air agréable à respirer.
Cela vaut mieux que d’emprunter les sous-terrains. Ils sont gratuits, mais on y suffoque. Les véhiculent souffrent aussi et les pannes ralentissent un trafic déjà dense.
L’ingénieur a la chance de résider proche du centre. Il lui faut vingt minutes pour rejoindre son lieu de travail. Il occupe se temps a écouter des airs d’opéra. Il dépense une bonne partie de ses crédits dans l’achat de musique. Hors de question de subir cinq coupures de publicité qu’imposent les radios.

Arrivé sur le site , Noko accède aux laboratoires en déclinant mentalement son identité. La cartographie synaptique, réputée infalsifiable, lui sert de login. Son équipement et ses ordinateurs sont sortis de veille au moment où son véhicule s’est parqué dans le premier emplacement disponible sous le bâtiment.

Noko est un maillon important dans la chaîne du processus éducatif. Son travail consiste à adapter le programme scolaire sous forme de bionanites pour le compte de l’institution scolaire.
Autrefois, il en existait deux pour toute la jeunesse coloniale, tout comme il n’existait que deux sociétés d’exploitation. GalT, pour qui travaille Noko, et HMech. Très puissantes, sur le plan commercial sur Terre, ce sont elles qui ont financé la colonisation. Les autorités terriennes ayant jugé GalT et HMech responsables de la surpopulation, ces deux sociétés ont été contraintes de se lancer dans la recherche spatiale. GalT s’est occupé de la construction de stations satellitaires habitables tandis que son concurrent développait les moyens de propulsion de masse pour le matériel et la future population coloniale. Dans un premier temps, les stations purent accueillir jusqu’à vingt pour cent de l’humanité. Rapidement débordées, les autorités ont lancé la recherche de planètes habitables. C’est ainsi que deux satellites d’une planète inhospitalière furent découverts. On les appela les Twin.


Noco se lève de son poste ••• « Enregistrer & Quitter ».
Il doit maintenant faire parvenir le fruit de son travail à la cellule de validation. ••• « Envoi fichier ».

En attendant que lui soient envoyées de nouvelles sources pour la prochaine mise à jour, l’ingénieur peut prendre un peu de temps pour lui devant son écran personnel. ••• « Feed News ».

# attenta dans le secteur 7 (Terre Deux).
# le gouvernement tient pas à garder Terre Deux sous contrôle.
# les milices anti GalT reprennent du service en réponse aux violentes arrestations de la semaine dernière.
# les festivités du bicentenaire de la colonisation sous haute surveillance.

L’alarme signale une présence dernière à porte de son bureau.

Sans bouger de son siège *** « ouvre la porte »

Il tourne le dos à l’entrée, mais sait qui se trouve là. Marion, l’assistante des ressources humaines. Elle attend que Noko lui adresse la parole. Il reste penché sur son clavier. Les lignes de code s’entassent à l’écran. L’ingénieur prend au sérieux la mission qu’il a acceptée en rentrant à la direction de l’éducation.
L’assistante s’approche et pose une main sur l’épaule de Noko.

— Bon, tu peux lâcher un peu ton job. Ce soir, on va aux commémorations du bicentenaire.
— C’est à dire que j’attends les sources pour la prochaine mise à jour et...
— Le labo nous offre trois jours pour profiter de la fête et toi, tu vas rester là.

Marion sort et espère que Noko va la suivre.
Noko, poussé par ses hormones, tourne sur son siège et se lève pour s’arrêter à la porte.

Elle a un cul à déclencher une émeute.

— Baumann ! lui lance-t-elle, la mâchoire serrée. Arrête de me regarder comme ça
ici.
— Tu peux m’appeler par mon prénom, tu sais...
— Non, on est au labo. Pas chez toi. Je déteste ton attitude parfois.

Elle est furieuse. L’image qu’elle renvoie a de l’importance. Elle a grandi sur Terre Deux et s’est hissée à un niveau social à force de travail. Elle aimerait que Noko lui montre plus de respect.
Marion pointe Noko du doigt.

— Prends tes affaires, on y va.
— Oui chef.

Noko ironise, mais il adore son caractère. En plus, il est rare de voir trouver une femme qui n’a pas eu recours à la chirurgie pour paraître plus belle qu’elle est. Il a d’ailleurs du mal à croire qu’il y est d’aussi beaux spécimens sur Terre Deux.
Il se décide à la suivre.
L’entreprise offre généreusement trois jours de congé à ses cadres pour fêter le bicentenaire comme il se doit. GalT a tourné la commémoration de la colonisation en ode à sa gloire

Les murs de la capitale sont couverts de fresques. Elles représentent la conquête spatiale et les prouesses technologiques développées par GalT pour permettre la prospérité de l’humanité hors Terre.
La circulation devient difficile. Les véhicules s’entassent aux portes de la ville. Noko parque son engin et dans un geste d’une courtoisie rare chez lui, ouvre la portière de Marion. Ils passent devant les boutiques de souvenirs. S’il y a des nostalgiques d’une Terre qu’ils fantasment pour acheter ses saloperies, il y a des malins pour les leur vendre.
Les rues sont animées. Des acteurs sont là pour vendre leur image. Des stars du sport aussi.
Noko accompagne Marion à contrecœur. Il préférerait être chez lui, un opéra dans l’air et la belle dans son lit.

— On va faire la fête et tu t’habilles tout en noir. Lui lance Marion.

Quelque peu irrité, Noko prend sur lui, respire profondément et tourne la tête vers elle. Ses cervicales craquent une à une. Il a les yeux d’un bleu tellement clair qu’il pourrait passer pour un albinos. Il plonge son regard dans le sien sans dire un mot. Ils s’arrêtent à la hauteur d’un bar où ils ont leurs habitudes. Dans la rue, Noko scrute les fresques.

— Tu ne trouves pas ça bizarre qu’ils aient oublié de mentionner les guerres civiles ?

Marion ne s’offusque pas des propos de ses propos. C’est pourtant la réaction qu’il cherche à provoquer. Ce sujet est dérangeant. Surtout quand il est évoqué en public. GalT et HMech ont mené cette lutte armée pendant soixante ans.

— Je vais chercher à boire. Qu’est ce que tu prends ?
— Alcool et café. J’ai besoin de me sortir la tête du brouillard.
— Trouve-nous de la place. Je commande.

À l’intérieur du bar, la promiscuité avec la foule de ses congénères l’oppresse. Il y a de la place en terrasse. C’est respirable. Marion arrive avec deux verres. Elle en tend un à Noko qui le vide d’un trait, comme à son habitude.

— Tu veux rester jusqu’à la projection ? demande-t-elle.
— j’avais d’autres projets. Mais si tu tiens à rester...
— Oui, j’y tiens.